Par Emmanuel Lehmann – intelligence économique :

Intelligence économique - Emmanuel Lehmann

Pour un investisseur ou un actionnaire potentiel, toute décision s’accompagne inévitablement de recherche d’information. Meilleure sera sa connaissance de l’entreprise et du marché, meilleure sera sa prise de décision. Et parmi les différentes sources d’information potentielles sur lesquelles il se reposera, citons notamment :

•    Les informations officielles émanant directement de l’entreprise, comme les communiqués de presse, les différents rapports financiers, les documents visés par l’AMF…
•    Les informations officieuses
de provenance pseudo-interne (fuites d’information émanant de salariés, ex-salariés, partenaires…), sous réserve d’avoir accès à ces sources, et dans la limite de la légalité (délits et manquements d’initié)
•    Les médias et sources spécialisées de tout ordre
(presse, blogs, analystes, experts, …), pouvant reprendre les informations officielles, mais aussi officieuses, voire faire émerger d’autres types de rumeurs, et traiter de manière plus précises de l’actualité de l’entreprise et des marchés par exemple
•    Les forums boursiers
, reprenant tous les types d’information cités ci-dessus, et dont l’impact est souvent inversement proportionnel à la visibilité média notamment.

Ainsi, pour l’entreprise qui souhaite communiquer et maitriser l’information vers ses actionnaires, plusieurs limites peuvent se poser :

•    Les communiqués de presse, informations émanant directement de l’entreprise, sont jugés partiaux et limités, à tord ou à raison, et ne sauraient se suffire comme seules sources d’information pour un investisseur avisé

•    Il est difficile de limiter les fuites d’information et encore plus d’y répondre, surtout quant elles émanent d’un périmètre devenu extérieur à l’entreprise (ex-salariés ou partenaires par exemple)

•    Maitriser, limiter la propagation et répondre le cas échéant à une rumeur est loin d’être évident, qu’il s’agisse d’une information fondée ou non d’ailleurs. La réalité de l’entreprise n’a que peu d’importance, seule compte la perception de cette réalité par les différents acteurs

•    Moins l’entreprise obtient l’attention des médias, plus le volume d’échange sera faible, et plus les décisions d’opérations auront un impact sur le cours, étant donné la sensibilité du volume d’échange de titres

•    Hormis pour les plus grosses entreprises dont celles cotées au CAC40, accaparer l’attention des médias n’est pas toujours aisé. A moins bien entendu que l’entreprise soit liée à un scandale ou une opération suffisamment importante (ou tout autre type d’information considéré comme suffisamment pertinent par les médias pour être repris et attirer l’attention des publics), les communiqués de presse n’ont pas toujours l’impact souhaité.
L’actionnaire ou l’investisseur potentiel n’a alors d’autre choix que de se tourner vers les autres sources d’information, dont les forums boursiers – et Boursorama de loin le plus actif en France – sont souvent les plus regardés

•    Garder la maitrise de l’information diffusée et éviter les désinformations et dénigrements sur les forums boursiers n’est pas toujours évident, surtout lorsque ces supports deviennent les sources d’information principales et les plus actives…

Notamment dans ce dernier cas, pour un ex-salarié, un partenaire ou un client mécontents (dont les objectifs ne sont pas automatiquement le profit), un investisseur isolé (vendeur à découvert par exemple et manquement pour manipulation de cours), un concurrent ou une entreprise désirant faire une OPA, il peut être très facile d’arriver à déstabiliser sa cible.

Dénigrer, diffuser une rumeur, basher et polluer les forums boursiers, décrédibiliser les annonces de la société, utiliser les processus de modération pour annihiler tout capacité de défense et de réponse de l’entreprise cible … sont autant d’actions potentielles qu’un attaquant peut arriver à mener avec un impact souvent important : la perte de contrôle informationnel pour la victime, avec toutes les conséquences financières qui peuvent en découler (baisse du cours, impact sur l’activité, …).

D’autant que l’attaquant, pour peu qu’il ait bien orchestré son action, saura agir masqué et de manière coordonnée (masquage des adresses IP, utilisation de plusieurs profils, création de sources d’information connexes pour crédibiliser et légitimer son discours…).

Pour l’entreprise victime… Lire la suite de cet article sur le blog The Connecting Place.